ÉCONOMIE : Il a trouvé chaussure à son pied
Las de ne pas trouver le bon matériel et la bonne oreille pour la course à pied, Emmanuel Dufossé a créé son enseigne, tout en gardant son job.
Une paire de chaussures achetée pour débuter le footing qui lui donne au final une tendinite. Souvent l'impression de ne pas être entendu par des vendeurs d'enseignes trop formatés. Puis, au fil de résultats, le manque de matériel de choix pour la compétition... Voilà comment Emmanuel Dufossé explique en avoir eu marre, «de se rendre à Paris ». Il a donc ouvert un magasin à Salouël.
D'abord via un groupement, vite lâché pour créer sa boutique, «Running Nature » . Une ancienne grange, rénovée, louée pour pas cher, il y a trois ans. Parking gratuit. Le paradis pour lui. «Depuis six mois, je commence à être bien. Le stock tourne. Au début, les fournisseurs te prennent de haut. Les gros te disent "ok, nous, c'est tant de paires minimum" pour écraser la concurrence. Maintenant, ils apprécient notre conseil. Leur image de marque est primordiale. J'ai aussi anticipé la réussite du trail. Cela m'a aidé ».
Là, il remercie son expérience de chargé d'affaires pour une grosse société. Job qu'il a gardé, tout en recrutant Yacine Charene pour le magasin. Lui aussi est coureur (à l'Amiens Université club). «On sait de quoi on parle pour tous les niveaux et les débutants que l'on a été. De mauvaises chaussures peuvent engendrer une blessure. Corpulence ? Quels entraînements ? Buts ? On discute », assurent les deux sportifs. Cela a un prix. «On est au tarif des grandes enseignes ». Quant aux confirmés, «les durs, ils connaissent leur domaine, et viennent juste boire un café pour guetter les nouveautés ».
Le patron, âgé de 39 ans, est honnête sur son choix de ne pas être derrière le comptoir. «J'ai une qualité de vie. Je ne me voyais pas dire à mon épouse que j'allais tout arrêter pour cette boutique ! Même si ne faire que ça me botterait. J'ai limité mes investissements et je suis heureux de cette aventure ».
L'activité du commerce, 180 000 € de chiffre d'affaires annuel, paie les charges et les 24 heures hebdomadaires de Yacin Charen. «J'aimerais passer à 35 heures. Même dans ce cas, je continuerais à venir le samedi ».
Pour lui, la clé du succès est double. D'une part le conseil. Et d'autre part, posséder des produits exclusifs dans la région, en chaussures running, trail comme en textiles. Ainsi qu'en aliments énergétiques (souvent testés). «On a aussi des pièces détachées, des valves pour sacs d'hydratation. Des produits à faibles marges n'intéressant pas les grandes enseignes ».
Et qui court dans la région ? La tendance est clairement au trail. «Plus fun, de jour ou de nuit... Une gestion de l'effort, moins du chrono », détaille Emmanuel Dufossé. Il connaît le sujet. Fin novembre, il sera sacré officiellement champion de France de trail vétéran (courte distance 21-41 km). Mordu, il s'ennuie sur les plats picards et vise une mutation en Rhône-Alpes, «la région du trail et une région de sports de nature en général», sourit-il. Il ne lâchera pas pour autant sa boutique. De quoi rassurer le monde local des coureurs, sport individuel où toutefois, tous se connaissent.
DAVID VANDEVOORDE |